
Naissance, le 20 novembre, à Buenos Aires, en Argentine. « Je
suis né à Saenz Peña, tout près
de là où vivaient
Ernesto Sábato et Marco
Nelli, dans un quartier populaire de la proche banlieue de
Buenos Aires.
La partie de ma famille qui m’a le plus
touché, c’est le côté de ma mère.
Mon arrière-arrière-grand-père,
un orphelin élevé par
les curés, a quitté la
région de Cadix, en Espagne, à la fin du XIXe
siècle, pour retrouver
ma future arrière-arrière-grand-mère.
Elle avait suivi ses parents en Argentine, lors de la dernière
vague
d’immigration gratuite.
Toutes les histoires d’immigration sont belles. A l’époque,
partir, c’était mourir.
On savait qu’on ne
reviendrait jamais. Il a travaillé dans
les quartiers chics de Buenos Aires ; là où Borgès
a écrit
sa Méthodologie du Tango. Elle, travaillait,
sans le savoir, dans une usine de tissages, à quelques
kilomètres
de là,
avec sa cousine. C’est elle qui a reconnu
le sifflet de mon arrière-arrière-grand-père,
un soir, au bord de l’Arroyo
Maldonado, la petite rivière.
Les
retrouvailles des deux amoureux étaient tellement
impensables que cette histoire mythique, fondatrice
de ma famille,
de mon être, nous a donné une
foi supérieure envers l’amour. C’est une
souche extraordinaire,
irrationnelle. Du côté de
mon père, c’est le village de Cerredo, au pied
du plus haut sommet des montagnes
en Espagne, aussi. Ma famille
avait l’amour de l’art.
Un de mes arrières-grands-pères,
guitariste andalou, bon joueur de flamenco et menuisier, vivait à Malaga
au même moment que Picasso. Dans
la famille de mon père il y avait un poète et
un autre guitariste,
qui a mis au point une méthode
mondialement connu. Mon père a travaillé dans
des bureaux.
Il dessinait extrêmement bien. Ma mère était
d’une
famille très pauvre.
Elle a appris à lire et à écrire
toute seule. Elle connaît admirablement bien la littérature
espagnole.
C’est une femme assez fabuleuse. »

« Tous les enfants dessinent. Petit, je voulais faire des dessins animés.
J’ai commencé à travailler à douze ans.
Je vendais
des fanions dans les trains, avec mon cousin qui aujourd’hui collectionne
les orchidées.
Il en a sept cents. On vendait aussi
des photographies de footballeurs; et parfois des photographies
de femmes
dont on voyait les seins. C’était
absolument interdit. Cela m’a donné une indépendance,
une autorité.
C’est à ce moment-là que
j’ai vu une peinture de Michel Ange dans un dictionnaire.
C’est
là que
j’ai décidé d’être peintre.
A
quinze ans je me suis inscrit aux beaux-arts et j’ai
mis mes parents devant le fait accompli. »

École nationale des Beaux-arts Manuel Belgrano, Buenos Aires. « Je
suivais les cours entre 19 heures et minuit,
comme tous les étudiants
qui avaient auparavant travaillé toute la journée. Pour cela
ils méritaient du respect.
Ils savaient
ce qu’était le temps, ils faisaient vraiment
des efforts. Dessin, peinture, sculpture, gravure, système
de
composition, histoire de l’art, histoire des civilisations,
pédagogie
et psychologie de l’enfant - pour
devenir
professeur -, mathématiques appliquées à l’art,
perspective, etc.. De cette école sont sortis tous
les grands
peintres argentins qui ont parcouru le monde.
Les
cours du peintre Antonio Oliva et du sculpteur Antonio Pujia
- ancien élève d’André Lhote
-, dont j’ai eu
la chance d’être l’assistant,
m’ont beaucoup marqué. Oliva disait toujours
qu’il ne fallait pas attendre
le bon professeur pour
apprendre. Que c’était à chacun
d’entre nous d’apprendre. C’était
une sorte de
Don Quichotte, fabuleux peintre. Abraham Haber
et Théodore Kraiem, en histoire de l’art, étaient
extraordinaires
aussi, comme la plupart des enseignants qui
ont été renvoyés lors
du coup d’état, en
1976.
Kraiem mêlait
philosophie et peinture. Picasso avec Héraclite, Klee
avec Kierkegaard...Il t’ouvrait les yeux.
C’était
un homme de pensée qui nous emmenait tous les dimanche
voir le musée des beaux-arts.
Il ne faudrait pas non
plus oublier Alfredo Léon Gascon, qui m’apprenait
la guitare, au conservatoire de musique. »

Diplôme National d’enseignant en arts plastiques.
Première exposition collective dans une galerie,
Galerie
Via Veneto, Buenos Aires.

École nationale supérieure des beaux-arts Prilidiano Pueyrredon
de Buenos Aires.
« L’Argentine regarde beaucoup l’Europe. Les professeurs
nous conseillaient tous d’aller à Paris.
J’ai du mal à imaginer comment on peut être
artiste sans faire les beaux-arts. Même si je suis
très admiratif
des autodidactes ». Fabian Cerredo
est l’assistant
du sculpteur Antonio Pujia et du peintre Antonio Oliva.

Mariage avec la pianiste Liliana Di Gioia (ils se sépareront
en 1986 et ils divorceront en 1991) et départ pour
Paris.
Achat d’une petite maison
en banlieue, à Nogent-sur-Marne, et construction d’un
atelier mitoyen.
Études à l’école
nationale supérieure des Beaux-arts de Paris, dans
l’atelier du peintre Gemignani.
« Son travail,
dira l’historien d’art Antei Glibota, évolue
alors vers une expression dont la violence s’exprime
à travers
une palette plus contrastée, des formes qui s’éloignent
des proportions réelles et une touche élargie ».
« Je
voulais venir en Europe pour voir les musées, explique
Fabian Cerredo. J’ai été très ému
de marcher
là où avaient marché Rouault,
Matisse, etc. L’école était ouverte de
7 h à 22
h. On y venait quand on voulait
et on y avait une place respectée.
Alors qu’en Argentine il fallait se battre pour avoir
un chevalet.
L’enseignement y était très
académique, très solide d’un point de
vue théorique.
A Paris, c’était la grande
liberté.
Et beaucoup de technique, alors qu’en
Argentine cet aspect-là était
très négligé.
Il y avait la notion platonicienne du fait que ce qu’on
touche avec la main manque d’esprit.
A Paris j’ai
eu la chance de travailler avec Vacaire puis avec Pincas,
de faire de la mosaïque, de la tapisserie
- pas terrible
-, du vitrail - trop court -, de la fresque - très
bien -, et surtout des cours de morphologie
que
j’ai adoré, avec un homme
brillant, très exigeant, à qui je dois beaucoup
: Devor. »

Premières séries de peintures : Le massacre
des innocents et Les Musiciens. « Pujia travaillait
en série.
Cela me convient aussi car j’ai un
côté habile qui peut me trahir. Alors j’essaie
de faire l’inverse, comme Gauguin.
Et puis le fait
de m’attacher à un
thème me permet d’aller en profondeur, au cœur
dur du noyau, de ne pas
rester dans la croûte
de la chose. Je m’entête. C’est mon côté espagnol.
Parfois ça
rate. Je préfère une œuvre
ratée
qui a de l’ambition qu’une œuvre qui passe...
Je n’ai pas le talent de Picasso qui réussissait
tout.
Je ne suis pas non plus Baselitz, qui arrive à sortir
une œuvre d’envergure à force de travail.
Je
me situe entre ces deux situations, dans la démarche,
sans bien sûr
me comparer à ces deux géants».
Certaines
des œuvres réalisées alors
sont exposées à la Foire Internationale d’Art
Contemporain de Paris (FIAC)
par la Galerie d’Art International. « Pour
gagner ma vie je distribuais des affiches et je faisais des
ménages,
notamment à la Galerie
d’Art International. Cela faisait un an que j’y
travaillais lorsque j’ai
avoué à son directeur,
Antei Glibota, que j’étais
peintre. A l’époque, j’avais un espoir
d’exposer,
mais je n’y croyais pas vraiment.
Donc je n’en
avais jamais parlé. Il est venu voir mon travail et
la semaine suivante, il me montrait à la FIAC,
dont
je ne réalisais pas vraiment l’importance. L’important
pour moi c’était
d’étudier pour arriver à être un
bon
peintre pour ensuite peut-être arriver à être
un grand peintre. J’avais un sens très hiérarchisé de
la progression,
qui me venait d’Argentine. »

Première exposition personnelle, à la Galerie
d’Art International.
« C’est là que j’ai rencontré plusieurs
bons peintres. Kopac, immense. Ramo, très bon.
Murtic,
très bon aussi.
Kulmer, fabuleux. J’en oublie. Et Messagier. Je sens mon cœur qui
s’ouvre quand j’y pense.
C’était comme un soleil.
Un homme très
intègre qui m’a tellement appris. Il avait la
dimension de Soulages,
de Rebeyrolle ».
Pour la première
fois, la presse parle de Fabian Cerredo (article de Gilles
Plazy).

Première exposition personnelle aux Etats-Unis, à Chicago,
avec la Galerie d’Art International.

Série Cent ans de solitude (deux cents tableaux),
d’après le roman de Gabriel García Márquez.
« L’épopée démesurée
de l’écrivain
colombien, selon Antei Glibota, ne peut qu’inspirer Cerredo qui y retrouve
tout
le poids et la richesse d’une culture
latino-américaine, dans un débordement d’onirisme
et de chair.
Cerredo a donné une
nouvelle lecture de ce prix nobel de littérature,
lui inculquant une générosité
et une
richesse picturale ».
L’immense aventure imaginée
par García
Márquez humide, typiquement sud-américaine,
avec ses bandes
de papillons jaunes de dix mètres
de long, ses enfants qui mangent du bouillon de lézard
et des yeux d’araignée,
ses
lucioles, ses femmes orchidées, ses vieux crapauds,
ses crocodiles, ses dictateurs, ses églises baroques,
l’horizontale
de ses stores et le grillage de ses hamacs, a en effet fort à voir
avec les souvenirs d’enfance
de Fabian Cerredo.
« Mes séries ne sont jamais gratuites. Dans
l’histoire de
l’art le support littéraire est présent presque tout
le
temps, depuis les Égyptiens et depuis
les Grecs. C’est un support sans en être un.
L’historien
d’art Herbert Reed explique bien
que l’artiste, tel le sorcier primitif, accomplit une
liaison entre les peurs intimes et les peurs collectives
en leur donnant une forme. Le fait de donner cette forme
-
c’est
la catharsis grecque - fait disparaître la peur. C’est
pour cela que l’art est acceptable même
lorsqu’il
est laid. Personne n’aime voir Hamlet
mourir. »

Fabian Cerredo est l’assistant du sculpteur Jack Vañarsky,
pour lequel il a «beaucoup de tendresse et d’admiration ».
Parution
d’un premier
article dans la presse quotidienne. Cette même année
1985, Fabian Cerredo rédige
un texte important sur
son travail.

Rencontre avec Cécilia, qu’il épousera
en 1993 lors d’une fête mémorable, aux
allures de peinture.
Il reçoit le Premier Prix « Jeunes
Artistes » du
Conseil Régional d’Ile de France (50 000 FF).
Est également
primé par le musée public
de Ljubljana lors de la Xe Biennale Internationale de Dessins
Originaux.

Première participation au Salon MAC2000 et au Salon
de Montrouge.
Première exposition personnelle dans
un musée, à Antibes.
De nombreux critiques d’art découvrent l’artiste.

Série Les Mariées. « Il y a un moment
où le travail sur une série devient un carcan.
Après
Cent ans de solitude j’ai cherché un
thème plus universel. Je me suis dit : caprices, mythes
et désastres.
Je venais de divorcer, de quitter ma
première galerie. J’ai eu envie de travailler
sur le sacrifice de l’hymen,
et sur la femme à la
fois sacrée et sexuelle. Je voulais jouer aussi.
Chacune
des compositions évoque le pénis en érection.
L’intrinsèque le plus propre de la nuit de noces,
c’est
l’érection en soi. Mes mariées
se veulent grecques et africaines, et latino-américaines.
Le
propre de l’art c’est d’aspirer à l’universalité.
J’y aspire tout le temps. »

Fabian Cerredo est l’assistant du peintre Karel Appel.
Il enménage, toujours en banlieue, à Montreuil
sous Bois,
dans un studio avec jardin.

Incendie accidentel de l’appartement, qui fait également
office d’atelier. Destruction de l’essentiel
de l’oeuvre.
Le critique d’art Emmanuel Daydé,
devenu un ami, organise une vente aux enchères des
tableaux brûlés.
Fabian Cerredo s’installe
dans un nouvel appartement dans une autre banlieue, à Savigny
le Temple.
Il décide d’acquérir
une grange à la
campagne, afin d’y travailler tranquillement. Il en trouve une près
du village du Ham, en Mayenne, qui devient l’une de ses sources d’inspiration.
Il y séjournera dès lors le plus souvent
possible.

Fabian Cerredo reçoit le Grand Prix Air Inter d'Art
Contemporain consacré au thème du "Visage
dans l'Art
Contemporain" (25 000 FF).

Naissance d’un premier fils, Camillo. Suivront une
fille en 1992, Gina, puis une fille et un garçon en
1994,
Marguerite et Léon.

Série Les Tangos (Bandonéons, Bals, L’Aveugle
inconsolable qui fume, Bars, Chanteurs, Chanteuses).
Début
de la collaboration avec la galerie Renaud Richebourg.

Nouveau déménagement et installation à Paris,
dans un atelier de la ville, rue Mouffetard.

Série Football. Début de collaboration avec
la galerie Les Singuliers (Paris).
Enménagement dans
un appartement HLM à Fontenay sous Bois. Le sculpteur
Denis Monfleur propose à Fabian
de partager un atelier,
prêté par la municipalité.

Série De la Boucherie au Massacre, à quatre
mains avec Denis Monfleur.

Série Candide (Voltaire). Début de collaboration
avec les galeries Tadeusz Koralewski (Paris)
et Fadi Mogabgab
(Beyrouth), qui demeurent à ce jour
les deux galeries présentant l’œuvre de
Fabian Cerredo.
Première grande exposition dans sa
ville natale, Buenos Aires, de la série Candide.
L’essentiel
de l’œuvre est vendu.

Série L’Opéra, dont il avait une connaissance
très approfondie grâce à une fréquentation
assidue dans
son adolescence du Théâtre Colon, à Buenos
Aires.

Série Genèse.

Série Gargantua (Rabelais). Enménagement dans
un atelier de la ville d’Auvers sur Oise.
Durant ces
années il se consacre à la peinture, à sa
famille, et à sa maison en Mayenne où il plante
beaucoup
de glycines et de variétés de pommiers
en voie de disparition, et « bricole » inlassablement
des gloriettes,
des sols à l’ancienne, une cabane
pour ses enfants.

Série El Niño. Voyage dans le nord de l’Argentine
où il achète une maison dans la forêt
tropicale, avec l’idée
d’aller y peindre
d’après
nature les orchidées et les toucans.

Série Mythologie. Séjour au Liban, à l’invitation
de Fadi Mogabgab.
Il rêve de peindre les forêts
de cèdres du Liban. À son retour, Fabian apprend
qu’il souffre d’un cancer.

Décès, le 2 mars, à Pontoise.
Plusieurs
centaines de personnes assistent à la cérémonie
d’adieu à l’artiste.
Création de
l’Association Fabian Cerredo. |