Gargantua à Beyrouth

A l'occasion du Mois de la Francophonie, la Mission culturelle française au Liban, en collaboration avec la Galerie Fadi Mogabgab et la Fondation Audi, organise un hommage à Rabelais, premier artisan de la langue française - et toujours étudié en classe de seconde au pays des cèdres -, en montant du 2 mars au 1er avril 2011 l'exposition: « Rabelais- Cerredo : la vie très horrifique du grand Gargantua ».

Disparu brutalement en mars 2005, Fabian Cerredo, en digne fils du réalisme magique latino-américain, a laissé un ouvre riche et profuse. Son livre d'images est caractérisé par une générosité toute baroque, celle de la couleur et de la matière, et une figuration mythique, fondée sur les grands textes de la littérature. Au sein de la belle villa blanche Audi et de sa riche collection de mosaïques antiques, l'exposition libanaise présente près d'une trentaine de tableaux - et autant de dessins - extraits de la série consacrée au début des années 2000 au Gargantua de Rabelais. En écrivant ce formidable roman d'éducation en forme d'éclat de rire qu'est Gargantua, François Rabelais, au milieu du XVIe siècle, invente le roman moderne, où l'aventure se mêle à l'humour et la philosophie. Proche stylistiquement de la Peinture Cultivée de Gérard Garouste ou de la Transavantgarde italienne issus des années 1980, Cerredo a travaillé ce roman originel et original à la façon d'une série, cherchant à capturer « l'identité collective, c'est-à-dire la culture ». S'attacher à un thème lui permettait «d'aller en profondeur, disait-il, au cour dur du noyau, de ne pas rester dans la croûte des choses». Quelques croquis, ayant précédé les tableaux exposés, témoignent également de la grande maîtrise et de la rapidité du dessin de Cerredo. Ayant eu l'occasion de présenter de son vivant quelques peintures d'après Rabelais au Liban, Cerredo avait gardé un attachement particulier pour la francophonie de ce pays, qu'il qualifiait « de pays de princes », et dont il ressentait « les contrastes, la poésie, la douleur et la joie ». Toutes choses exprimées dans Gargantua.

Lors du vernissage à Beyrouth, le mercredi 2 mars 2011 à 18h, en présence de Cecilia Cerredo, épouse de l'artiste, et d'Emmanuel Daydé, historien de l'art et commissaire de l'exposition, l'ambassadeur de France, M. Denis Pietton, a rappelé que Rabelais demeurait « le père nourricier de la littérature française ». La foule était nombreuse, et la réception de cette enfance de l'art peinte, racontée selon un itinéraire littéraire en quatre chapitres, que venait conclure un petit film, a été très chaleureuse. La presse, comme L'Orient Le jour, ou les télévisions, comme MTV, ont souligné la qualité de cet hommage, rendu à un conteur picaresque épris de folie des grandeurs, la seule qui compte : l'humanité.

L'exposition se poursuit jusqu'au 1er avril 2011.







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